Algérie Térébenthine

Le blog de Redha Benidiri, un jeune artiste peintre algérois

07 février 2009

L'art africain et la censure dans la société algérienne

Mes peintures africaines attirent beaucoup les regards en raison de leur caractère insolite et spectaculaire, des couleurs vives, de ces visages aux grands yeux et surtout parce que l'art nègre est naturellement doté d'un magnétisme puissant.

J’ai droit à des éloges beaucoup d'éloges mais je dois aussi de temps à autres affronter des  réactions très négatives voir agressives. Certains m’ont reproché de peindre des diables cornus. D’autres m’ont reproché de promouvoir des cultes animistes et sauvages contraires aux enseignements de l’Islam. J’ai été raillé voir insulté deux ou trois fois. La gérante d’un établissement culturelle m’a demandé de ne plus peindre « ces choses malsaines » pour reprendre son expression.

J’ai remarqué que les masques étaient plus tolérés dans notre société, car assimilés à la fête ou à la mascarade. Les sculptures et figurines de forme humaines quant à elles suscitent beaucoup de malaise et de rejet, souvent assimilées à l’idolâtrie.

Il y a aussi la question de la nudité. Les peuples musulmans sont encore très puritains. Tous les galeristes et les gérants d’établissement culturels m’ont clairement demandé de ne pas exposer des éléments de nudité. Ors, on rencontre beaucoup dans l’art africain des statues plus ou moins sexuées.

La censure en Algérie est un phénomène étrange. Si un artiste européens ou américain (envoyé par le gouvernement de son pays) expose des nus dans une institution culturelle étatique algérienne, personne n’essaiera de le censurer car les gérants de ces institutions (et les algériens en général) sont souvent complexés, et intimidés par les occidentaux. Mais un artiste algérien, même de notoriété internationale, subit facilement, si ce n’est systématiquement, la censure.

L’année dernière, lors de mon exposition à la bibliothèque nationale, j’ai participé à trois émissions télé. Pour la dernière, l'après midi à la chaîne trois, je suis allé avec trois peintures dont une comportant un masque et un fétiche sénoufo.Manquant totalement de professionnalisme, personne n’a voulu voir auparavant les toiles. Lorsque la présentatrice, une potiche avec un QI de 25, a découvert le tableau, elle est devenue livide, comme si j'avais débarqué avec un porno. Elle faisait signe au caméraman de ne pas filmer la peinture et son patron lui hurlait à l’oreillette. Je la voyais perdre le contrôle de la situation, bégayant presque.

L’interview devait durer vingt minutes mais on m'a coupé au bout de huit minutes. Autant dire que je n’ai rien pu dire. Je crois que ce qui a surtout choqué ces arriérée de la chaîne trois, c’était qu’un algérien « musulman » dessine ça.

Benidiri Redha

Posté par mediterebentine à 15:01 - Peintures africaines - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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