25 février 2009
Ces misérables qui veulent me faire suer gratuitement...

Mille dinars algériens
Depuis que je fréquente le milieu culturel et artistique du
pays, j'ai fait la connaissance de nombreuses personnes dont l'amitié ou le
simple contact sont fort enrichissants. Je me sens vraiment dans mon élément.
A côté de ça, je croise régulièrement des êtres qui se fichent éperdument d'apprécier la culture ou de la connaître. Ils viennent
juste deux ou trois fois dans l'année afin qu'on leur rende service, près
quoi ils se cassent sans remerciement.
Il y a trois jours ci, mon téléphone sonna aux environs de deux heures de
l'après midi. Je décroche. C'était un journaliste de la radio machintruc à qui
est venu à l'une de mes expositions deux années auparavant. Je me rappelle lui
avoir remis ma carte de visite car il m'avait promis de me faire une interview
mais je ne l'ai plus revu depuis et il n'a rien dit au sujet de l'expo à la
radio. Ce n'est pas à cause de ça que j'écris sur lui. Ce qui m'a sidéré était
sa demande. Il m'a prié courtoisement de dire au téléphone : "Moi Benidiri
Machin, j'ai l'intention de me rendre aux urnes le 9 Avril prochain pour
accomplir mon devoir de citoyen à l'occasion de l'élection présidentielle."
En entendant cela, je me mis à rire. Je ris toujours quand des footballeur, des
acteur ou des artistes viennent dire à la télé : "Je vote pour tel candidat".
C'est tellement kitch et idiot comme démarche, et puis il faut avoir du courage
pour le faire.
Moi : " Je ne peux pas parce que je ne vote pas "
Lui : "ça fait rien. En fait c'est juste pour une émission. J'ai
enregistré un écrivain, une chanteuse, une poétesse et j'ai besoin d'un
peintre.
Moi :"OK mais à condition que tu me paye. Je viens, tu me donnes 1000
dinars et je te laisse enregistrer ma voix.
Lui : Même si tu parvient à faire une parfaite imitation de Oum Kalsoum, je ne
te donnerais pas un centime.
Et il raccroche.
L'après midi du même jour, je me rends dans une galerie et une jeune femme
vient vers moi. Elle écrit des livres pour enfants et depuis un an et demi elle
me harcèle ainsi que plusieurs autres artistes pour que l'un de nous lui fasse
des illustrations pour sa nouvelle série de titres.
Je lui ai plusieurs fois répondu que je n'avais pas le temps car je devais me
rendre à de nombreuses expos et beaucoup peindre mais elle continue de venir
m'embêter.
Je lui ai expliqué que le métier d'illustrateur est différent ce celui de
peintre à l'huile et qu'elle doit mettre une annonce dans un journal...
Elle a réussi à force de me harceler à me soutirer les numéros d'autres amis
peintres et tous ont refusé de bosser avec elle.
- Pourquoi êtes-vous tous aussi arrogant. Dieu a bien fait de vous rabaisser
plus bas que terre, vous les dessinateurs. Vous vous prenez pour qui?
- Ce n'est pas de l'arrogance ni de la grosse tête. C'est juste que nous refusons
de travailler gratuitement ou pour des salaires de misère.
- Mais ça te fera une belle publicité dans CV.
- Ben, qu'il commence d'abord par se la faire pour lui-même, sa publicité, ton
éditeur, fis-je en ricanant méchamment. Et puis je continue : L'argent,
l'argent ma vieille, le flous ! Je veux du pognon ! Les bons comptes font les
bons amis !
Elle s'effondra subitement et explosa en larmes. Les autres personnes présentes
m'ont reproché de manquer d'humilité, d'être vénal et d'avoir la folie des
grandeurs. J'ai tourné les talons et suis parti
Désespérée ainsi, on ne pouvait que la prendre en pitié et voir en elle une
personne en détresse. En fait, un peintre de ma connaissance s'est fait avoir
en travaillant avec elle et son drôle éditeur. L’artiste leur avait illustré
plusieurs histoires et se sont mis d'accord pour une rémunération de 60euros.
Il a accepté de travailler pour trois fois rien croyant naïvement que les gens
vont remarquer ses dessins et son nom sur les pages et que quelqu'un va l'appeler
pour lui proposer un tas de trucs.
Bien que le contrat fût signé, l'artiste n'a toujours pas perçu son argent
après deux années.
Quand il se rend chez l'éditeur, ce dernier se plaint de n'avoir rien vendu des
livres, et quand il va voir l'écrivaine, elle lui répond froidement qu'elle
n'est pas chargée des droits d’auteurs.
Trop timide, cet artiste n'ose pas porter plainte.
Ça se passe souvent comme ça avec les éditeurs dans ce pays. Du coup, la
plupart des artistes professionnels ou compétents refusent de travailler peur eux.
Seuls les amateurs sans talent ou les artistes très médiocres acceptent de
bosser dans des telles conditions. Il suffit de faire un tour dans nos rares librairies
algériennes pour constater le résultat.
Benidiri Redha
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